Entends-tu ce que je vois? 
Do You See What I Hear?

Du 29 mars au 2 juin 2018
Vernissage le 29 mars à 19 h
+ performance de Rosalie Jean à 20 h

 

Wojciech Bąkowski, Bianca Baldi, Simon M. Benedict, Mareike Bernien & Kerstin SchroedingerMyriam Bleau, Bojan Fajfrić, Miriam Gossing & Lina Sieckmann, Rosalie Jean, Kapwani Kiwanga, Douglas Moffat, Naveen Padmanabha, Jen Reimer & Max Stein, Sofie Thorsen, Marie Voignier.
Une exposition préparée pour Dazibao par France Choinière.
 

Des images pour mieux entendre et des sons pour mieux voir. Une volonté d’affiner notre compréhension du monde, de tirer de ces relations singulières entre le son et l’image une signification dépassant la perception première du tout. Comme si l’incomplétude provoquée par l’absence, la censure ou l’oblitération d’un des sens contribuait à créer du sens. Comme si l’essentiel du propos résidait dans les attentes inassouvies ou dans la part lacunaire avouée de plusieurs des œuvres réunies ici. 

Regarder, écouter de plus près pour déployer une forme aiguisée de conscience et une acuité perceptuelle qui permettraient une lecture plus claire des choses et de ce monde qui pour la première fois de son histoire est appelé à faire face à sa précarité par le biais d’une réalité constamment médiatisée.


1 — Simon M. Benedict (Toronto, Canada)

Simon M. Benedict est un artiste de la vidéo, du son et de la performance établi à Toronto (Canada). Son travail vidéo récupère du matériel audiovisuel allant de vidéos YouTube à des films de long métrage pour explorer notre relation à diverses formes de fiction et son impact sur notre perception spontanée de la réalité. En 2011, il obtenait son baccalauréat en photographie de l’Université Concordia (Montréal, Canada) pour ensuite compléter une maitrise à la University of Guelph (Ontario, Canada) en 2016. Son travail a été présenté dans de nombreuses expositions au Canada, aux États-Unis et en Europe, dont quatre expositions solo : painter project à VU PHOTO (Québec, Canada) et à TYPOLOGY (Toronto); BLIP* au Noble Space (Toronto) et The Complete Dare Videos à Pierre-François Ouellette art contemporain (Montréal). Il a été artiste en résidence à l’Office national du film du Canada (Montréal), à Artscape Gibraltar Point (Toronto), au Banff Centre (Alberta, Canada) et au Centre des arts actuels Skol (Montréal).

blips (2017) fait partie d’une série de vidéos qui s'intéressent aux parallèles possibles entre l’exploration spatiale et le colonialisme. Comme prémisse, le projet utilise le matériel du « Golden Record », lancé dans l’espace en 1977 à bord des vaisseaux spatials Voyager 1 et Voyager 2, avec l’espoir que des extraterrestres le trouveraient un jour. Ces disques comportaient des images, des enregistrements sonores et de la musique, et étaient destinés à fournir de l’information sur les différentes cultures et formes de vie sur Terre. Combinant des images de publicités de compagnies aériennes américaines datant des années 1960 et des réinterprétations de sons provenant du Golden Record, les vidéos oniriques de blips incarnent une certaine certitude ou puissance, suggérant que le désir d’explorer l’espace et de se faire connaitre par un « Autre » extraterrestre ranime et reproduit des motivations coloniales.

Vidéos — 4 min. 22 sec.
Son — durée variable

2 — Sofie Thorsen (Vienne, Autriche)

Par la sculpture, le collage, la peinture, le dessin d’architecture, la photographie et le film, Sofie Thorsen questionne les façons dont l’espace et l’architecture sont perçus en se concentrant sur l’implication sociale, culturelle, historique et politique de ces perceptions. Née à Aarhus au Danemark, Thorsen réside actuellement à Vienne (Autriche). Elle est diplômée de la Hungarian University of Fine Arts à Budapest, de la Royal Danish Academy of Fine Arts à Copenhague et de l’Academy of Fine Arts Vienna, où elle a enseigné jusqu’en 2009. Son travail a été largement présenté en Europe et aux États-Unis, notamment au MAK dans le cadre de la Vienna Biennale, à la Petra Gut Contemporary (Zurich, Suisse), au Den Frie Centre of Contemporary Art (Copenhague, Danemark) et au DOX Centre for Contemporary Art (Prague, République tchèque). Parmi ses expositions récentes notons View, Cut au mumok (Vienne), Whose Sleeves? à la Galerie Anhava (Helsinki, Finlande) et Some Lines au Center for Energiadministration (Esbjerg, Danemark). Récipiendaire de nombreux prix, elle recevait en 2016 une bourse de la Danish Arts Foundation dans le cadre du programme international du ISCP (New York, É-U).

The Achromatic Island (2009-2010) observe le paysage de l’Ile de Fur au Danemark à travers les yeux d’une achromate. L’achromatopsie est une souche héréditaire de daltonisme de type noir et blanc causée par une insuffisance de photorécepteurs sur la rétine, lesquels permettent normalement de distinguer la longueur d’onde de la lumière de l’intensité lumineuse et assurent la perception de la couleur. Avant que l'Ile de Fur ne s’ouvre graduellement aux étrangers dans les années 1930, cette condition était courante parmi les quelques 1000 résidents de cette petite communauté isolée. En 2009, Thorsen a rencontré les dernières personnes nées sur l’ile atteintes de cette condition. Dans une série d’entrevues, elles expliquent exactement ce qu’elles sont capables de voir. Plusieurs extraits de leurs récits constituent la narration du film alors que les images tentent de reproduire leurs descriptions. Étourdissant, diffus et sans profondeur de champ, The Achromatic Island tente de recréer leur monde. La possibilité d’y parvenir est toutefois réfrénée par notre incapacité fondamentale à complètement saisir la perception d’autrui — surtout si radicalement différente de la nôtre. Tout en documentant les particularités du lieu et de sa communauté, le film est une fine observation des limites de l’art et du langage.

Vidéo HD ― 13 min. 36 sec.

3 — Rosalie Jean (Montréal, Canada)

Les performances et les vidéos de Rosalie Jean étudient des formes alternatives de communication qui s’accomplissent par une profonde disponibilité à la réception sensorielle. Plaçant le corps au centre de son travail, elle explore les tensions générées et les possibilités offertes par un corps limité dans ses interactions communicationnelles. Jean réside à Montréal (Canada) et termine actuellement une maitrise en arts visuels et médiatiques à l’Université du Québec à Montréal, où elle a obtenu un baccalauréat en 2016. Ses œuvres ont fait partie de quelques expositions et évènements de performance à Montréal. Elle est récipiendaire du Prix Irène-Sénécal et a présenté son travail lors de conférences en milieu universitaire, notamment Interventions dans l’environnement : petites tailles, grands impacts.

Tête-à-tête (2017) montre deux femmes assises face à face. Dans une presque symétrie, l’une est le reflet de l’autre. Vêtues entièrement de noir, les femmes contrastent de façon saisissante avec le décor blanc qui les entoure. Les yeux fermés, elles effectuent avec douceur des gestes dans les paumes de leurs mains. Dans un silence complet, elles tentent de communiquer par une forme de langue des signes tactile, utilisée par les personnes sourdes-aveugles, où les mots sont épelés par le toucher. Leurs expressions faciales — qu’elles sourient, hochent la tête ou froncent les sourcils — indiquent leur compréhension de ce que l’autre tente de communiquer. La patience et l’empathie sont au cœur de l’œuvre, soulignant l’habileté infinie du corps à communiquer avec les autres.

Vidéo ― 54 min. 45 sec.

4 — Kapwani Kiwanga (Paris, France)

La pratique de Kapwani Kiwanga — performances, œuvres sonores, installations et vidéos — utilise une approche anthropologique pour explorer les luttes anticoloniales, l’afrofuturisme et les discours marginalisés. Née à Hamilton (Ontario, Canada), Kiwanga vit et travaille présentement à Paris (France). Elle détient un double baccalauréat en anthropologie et études comparatives des religions de l’Université McGill (Montréal, Canada) et a également étudié à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris, prenant part au programme de recherche « La Seine ». Ses expositions solos récentes incluent The sum and its parts au Logan Center (Chicago, É-U), A wall is just a wall à The Power Plant Contemporary Art Gallery (Toronto, Canada) et Afrogalactica à la Fondazione Sandretto Re Rebaudengo (Turin, Italie). Son travail a également été présenté dans des expositions collectives notamment au Irish Museum of Modern Art (Dublin, Irlande), au Glasgow Center for Contemporary Arts (Écosse), au Hammer Museum (Los Angeles, É-U) et au Centre Pompidou (Paris). En 2018 elle était artiste en résidence à Artpace à San Antonio (Texas, É-U) et en 2013, à la Galerie le Manège - Institut français (Dakar, Sénégal). Elle est récipiendaire de nombreux prix et a été en lice à deux reprises pour le prix BAFTA. Elle est lauréate du Frieze Artist Award 2018 (New York, É-U).

Vumbi (2012) se déroule en Tanzanie rurale et l’artiste utilise pour son titre le mot « poussière » en Swahili. Lors de la saison sèche, une couche de poussière rouge recouvre le territoire, transformant le paysage en paysage monochrome. Dans un geste rappelant la peinture soustractive, Kiwanga époussette les feuilles qui ont été couvertes, révélant les couleurs qui se cachent en dessous. Se forme une ligne verte dans le feuillage qui contraste avec le paysage rouge. Cette action d’époussetage est cependant vaine puisque les feuilles seront inévitablement et rapidement recouvertes à nouveau de rouge.

Vidéo HD ― 30 min. 19 sec.

5 — Douglas Moffat (Montréal, Canada

Douglas Moffat crée des espaces construits pour l’écoute, utilisant des enregistrements pris sur le vif, la musique électroacoustique et l’architecture de paysage. Moffat a complété son baccalauréat en architecture de paysage à la University of Guelph (Ontario, Canada) en 1999, sa maitrise en sculpture à l’Université Concordia (Montréal, Canada) en 2009 et une maitrise professionnelle en architecture à l’Université McGill (Montréal) en 2010. Son plus récent projet Listening to Las Vegas explore l’environnement sonore de l’artère principale de cette ville, communément nommée la Strip. Son travail a été présenté dans le cadre du Festival international de jardins aux Jardins de Métis (Québec, Canada) et du festival send + receive (Winnipeg, Canada). Pour deux étés, il a codirigé des ateliers au Architectural Association School of Architecture (Londres, R-U). Il complétait récemment, en collaboration avec Steve Bates, OKTA, une importante installation sonore pour la ville de Toronto. Il vit et travaille à Montréal. 

Valsalva Manoeuvre / Corridor Pressure (2018) est inspiré d’une expérience sonore dans des environnements extrêmes. La manœuvre de Valsalva est utilisée par les plongeurs sous-marins pour équilibrer la pression lors de leur descente en eau profonde. Pour accomplir cette manœuvre, ils bouchent leurs voies nasales et forcent momentanément l’évacuation de la pression par les oreilles, précipitant les sons internes du corps vers l’intérieur et noyant les sons externes. Pour ce projet, Moffat a créé une installation qui sollicite une attention similaire au son et à la pression. Le spectateur se trouve dans un espace entre deux tuyaux, lesquels ont chacun un haut-parleur créant dans la galerie une atmosphère acoustique similaire à celle d’un plongeur dans sa cagoule, ou à celle d’un couloir vide. Le spectateur est invité à écouter activement et à réfléchir à la relativité du son au temps et à l’espace.

Installation sonore ― 19 min. 19 sec.

6 — Jen Reimer & Max Stein (Montréal, Canada)

Collaborant depuis 2009, Jen Reimer et Max Stein sont des artistes du son et de la performance établis à Montréal (Canada). Ils créent des expériences immersives aux moyens d’enregistrements spatiaux, de compositions électroacoustiques, de mapping en ligne et de performances in situ. Leur travail a été présenté à Montréal à Suoni Per Il Popolo, HTMlles et Pop Montréal et, sur la scène internationale, à Sound Development City (Lisbonne, Portugal et Marseille, France), Lisboa Soa (Lisbonne), Äänen Lumo (Helsinki, Finlande), Les Digitales (Lausanne, Suisse), Art in Odd Places (New York, É-U), Video Sound Art Festival (Milan, Italie) et Path Festival (Vérone, Italie). En 2016, ils lançaient Sounding the City, leur première exposition en ligne présentant des cartes et des photos d’installations in situ et des interventions acoustiques réalisées à Montréal.

En galerie, Sounding the City (2015-2016) ressemble à une série de boites électriques, similaires à celles que l’on retrouve souvent sur le côté d’un immeuble ou d’un poteau électrique. Le spectateur est invité à écouter des compositions de paysages sonores auxquels sont associées des cartes permettant de localiser où ces enregistrements ont été faits. Bien que l’œuvre soit présentée en galerie, elle se poursuit hors des murs et invite le spectateur vers son lieu d'origine. L’installation aborde le son comme portrait.

Installation sonore ― durées variables

7 — Bianca Baldi (Johannesbourg, Afrique du Sud)

Dans ses films, installations, photographies et écrits, Bianca Baldi se penche sur les structures cachées du pouvoir et sur des récits d’oppression. Évoquant l’histoire du film, de la photographie de studio et du trompe-l’œil, elle positionne avec finesse des objets choisis dans un discours théologique. Née à Johannesbourg (Afrique du Sud), Baldi a obtenu son baccalauréat de la Michaelis School of Fine Art (Le Cape, Afrique du Sud) en 2007 et a récemment complété des études à la Städelschule à Francfort (Allemagne). Elle vit et travaille à Bruxelles (Belgique). Son travail a été présenté dans des expositions telles la 11e Shanghai Biennale (Chine), la 8e Berlin Biennale (Allemagne) et la 19e édition du Contemporary Art Festival SESC_Videobrasil (São Paulo, Brésil). Parmi ses expositions individuelles récentes, mentionnons Eyes in the Back of Your Head au Kunstverein Harburger Bahnhof (Allemagne), Pure Breaths au SWIMMING POOL (Sofia, Bulgarie) et Zero Latitude au Goethe-Institut à Johannesbourg.

Zero Latitude (2014) a été créé pour, et coproduit par, la 8e Berlin Biennale, avec le soutien du Goethe-Institut. Baldi déconstruit la vision européenne romancée du colonialisme en Afrique par le geste de déballer une malle-lit Louis Vuitton, ayant appartenu à l’explorateur français d’origine italienne Pierre Savorgnan de Brazza qui a effectué dans les années 1880 plusieurs voyages sur le fleuve Congo. Hors de son contexte et placé dans un décor blanc et dénudé, cet artéfact est manié par des individus portant des gants blancs, comme s’il s’agissait d’un objet d’archive ou de musée. Le silence qui accompagne son déballage suggère le point de vue jamais raconté du colonisé, enfoui parmi les histoires eurocentristes, de même que le rôle complice que les musées et autres institutions ont joué dans ce récit.

Vidéo HD, sans son ― 9 min. 23 sec.

8 — Myriam Bleau (Montréal, Canada)

Myriam Bleau est une compositrice, artiste numérique et artiste de la performance établie à Montréal (Canada). Elle explore les réactions physiques générées par la lumière et le son. Par la manipulation de conventions et de codes variés, elle cherche à perturber les attentes associées aux performances musicales à l’ère digitale. Ses performances sont régulièrement présentées au Québec et au Canada et elle a récemment été accueillie par des festivals et évènements tels ]interstice[, rencontre des inclassables (Caen, France), Ars Electronica (Linz, Autriche), le festival Sónar (Hong Kong, Chine), Sónar+D (Barcelone, Espagne), le festival Convergence (Londres, R-U), le festival transmediale (Berlin, Allemagne), MUTEK (Montréal), AKOUSMA (Montréal) et Sugar Mountain Festival (Melbourne, Australie). 

Natures mortes (2018) s’inspire d’autopsy.glass, une performance récente de l’artiste, qui combine des objets domestiques, des outils de torture et de l’équipement médical. En tentant d’associer l’anticipation de la destruction d’objets fragiles à une tension musicale, la performance utilise les objets pour créer des sons dissonants par des manipulations dangereuses et un éclairage dramatique. Dans Natures mortes, Bleau joue avec cette tension, rappelant l’œuvre One for Violin Solo (1962) de Nam June Paik dans laquelle l’artiste soulève un violon au-dessus de sa tête, dans un geste péniblement lent, avant de le fracasser sur une table. Natures mortes est une étude en sonification qui explore les sensations d’anticipation et d’inconfort. 

Triptyque vidéo ― durées variables

9 — Marie Voignier (Paris, France)

Les courts métrages de Marie Voignier relèvent à la fois du documentaire et de la fiction. Par des manipulations soigneuses du son et de l'image, elle accentue l’aspect surréel de la réalité afin de mettre en évidence comment celle-ci est à la fois contrôlée et imaginée. Née à Ris-Orangis (France), Voignier réside maintenant à Paris (France). Elle enseigne à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Lyon (France) où elle coordonne le pôle images-mouvement. Voignier a étudié à l’Université de Technologie de Compiègne (France), à la Freie Universität Berlin (Allemagne) ainsi qu’à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Lyon. Elle a présenté plusieurs expositions individuelles et a participé à de nombreuses expositions collectives et maints programmes cinéma, notamment à la 57e Biennale de Venise (Italie), au Nouveau Musée National de Monaco (France), au Institute of Contemporary Arts (Londres, Royaume-Uni) et au Museum of Contemporary Photography (Chicago, É-U). Elle est récipiendaire de nombreux prix et ses œuvres font partie de collections publiques majeures dont celles du Musée d’Art moderne de la Ville de Paris, du Fonds national d’art contemporain (France), du MAC’s (Grand Hornu, Belgique) et de KADIST (San Francisco, É-U). Voignier est en lice pour le Prix Marcel Duchamp 2018. 

Tourisme international (2014) examine comment les régimes totalitaires définissent l’autoreprésentation d’une nation. Le film documente des visites guidées dans des ateliers d’artistes, des musées, des cinémas et des monuments commémoratifs de guerre, en Corée du Nord. Toutefois un élément est manquant : la parole des guides, le son ayant été complètement retravaillé pour l’exclure. Ce silence soulève nombre de questions sur ce que les guides disent aux touristes et, du même coup, sur ce qu’ils ne leur disent pas, sur ce qui est censuré. Les images sont entrecoupées d’intertitres qui révèlent les préoccupations de Kim Jung Un à propos des détails de la production du film. Tourisme international examine les façons dont un état contrôle l’image qu’il projette aux yeux du monde et comment ces images chorégraphiées ne représentent pas la réalité.

Vidéo HD ― 47 min. 54 sec.

10 — Salle de projection

Miriam Gossing & Lina Sieckmann (Cologne, Allemagne)

Miriam Gossing et Lina Sieckmann collaborent sur des projets de films expérimentaux, de vidéos et de photographies, s'attardant souvent à l’architecture urbaine ou privée comme source de peur, d’anxiété et d’aliénation. Par un processus élaboré de recherche et de narration, elles utilisent une approche documentaire dans des environnements très mis-en-scène, pour créer des images à la fois poétiques et surréelles. Miriam Gossing est née à Siegburg (Allemagne) et Lina Sieckmann à Engelskirchen (Allemagne). Elles ont étudié à l’Academy of Media Arts Cologne (Allemagne) de 2009 à 2015 et au Kunstakademie Düsseldorf (Allemagne) sous la professeure Rita McBride de 2016 à 2017. Elles ont présenté leur travail dans des institutions et des festivals de films sur la scène internationale, notamment au Hamburger Bahnhof - Museum for Gegenwart Berlin (Allemagne), au International Short Film Oberhausen (Allemagne) et au Anthology Film Archives (New York, É-U). En 2015 elles étaient artistes en résidence à Light Cone (Paris, France). En 2012 elles ont fondé Schalten Und Walten, un centre d’art indépendant qui organise des programmes de films expérimentaux, des expositions et des évènements de performances en collaboration avec des artistes internationaux.

Ocean Hill Drive (2016) se déroule dans une ville côtière du Massachusetts (É-U). La ville abrite un phénomène connu sous le nom d’« ombres mouvantes », qui se produit lors de la rotation des éoliennes, créant des ombres mouvantes sur les maisons, les champs, les édifices et les routes. Cette incessante pulsation de la lumière génère un malaise sans issue parmi les résidents de la communauté. Proche du cinéma structuraliste, la pulsation n’est pas sans rappeler celle qui se produit naturellement entre les images d’un film. Incluant les voix hors champs de plusieurs résidents interviewés pour le film, Ocean Hill Drive, tel un suspense, révèle la vie quotidienne d’une communauté sous l’emprise d’un étrange mécanisme et de ses troublants effets psychologiques.

16mm transféré en vidéo HD ― 20 min. 34 sec.

Wojciech Bąkowski (Varsovie, Pologne)

Wojciech Bąkowski est un artiste pluridisciplinaire établi à Varsovie (Pologne). Ses films explorent la réalité de la vie quotidienne de manières à la fois poétique, franche et implacable. Sa pratique va du film animé à l’installation sonore et de la poésie à la musique. Il est à la tête des groupes de musique KOT et Niwea. Il est diplômé de l’Academy of Fine Arts (Poznań, Pologne). Depuis 2003, son travail a été présenté dans de nombreuses expositions individuelles et collectives, notamment au Kunstverein Freiburg (Allemagne), au National Art Museum of China et plus récemment à Bureau (New York, É-U). Il a également participé à l’exposition Younger Than Jesus, la première édition de la triennale The Generational organisée par le New Museum (New York, É-U), dédiée aux jeunes artistes. En 2015, il recevait le Grand Prix lors de la 61e édition du International Short Film Festival Oberhausen (Allemagne). 

Construction of the Day (2013) débute derrière le canon d’un fusil, plaçant le spectateur du point de vue du protagoniste alors que celui-ci retrace la trame émotive d’un rêve. Ce qu’il raconte contraste vivement avec la manière de raconter. La monotonie de la voix se juxtapose aux images sombres et brutales qui, bien que minimales, n’ont rien de banal. Animé dans le style propre à l’artiste — monochrome, morose, à la fois numérique et lo-fi — le film aborde la violence, la mort, la créativité et l’amour comme n’importe quel autre aspect banal du quotidien. 

Film d'animation ― 9 min. 02 sec.

Mareike Bernien & Kerstin Schroedinger (Berlin, Allemagne)

La pratique en arts médiatiques de Mareike Bernien et Kerstin Schroedinger adopte une approche historiographique et archéologique. Leurs œuvres considèrent le médium même du film comme un produit du temps, de la culture et de l'idéologie, et interrogent souvent les moyens de sa production pour construire ou reconstruire des images en tant qu'objets d’étude. Établies à Berlin (Allemagne), Bernien et Schroedinger travaillent ensemble depuis 2006 et ont produit depuis Rainbow’s Gravity (2014), Red She Said (2011) et Translating the Other (2010). Elles ont présenté leur travail au Whitney Museum of American Art (New York, É-U), au Anthology Film Archives (New York), à la Berlinale Festival (Allemagne), au International Short Film Festival Oberhausen (Allemagne) et au National Gallery of Art (Washington DC, É-U), entre autres.

Rainbow’s Gravity (2014) est une étude cinématographique sur la pellicule Agfacolor-Neue fabriquée à l’époque de l’Allemagne nazie. Produite en réponse au Technicolor américain et utilisée à des fins de propagande nazie ainsi que pour des longs métrages allemands, la pellicule a continué d’être en circulation après la Deuxième Guerre Mondiale. Rainbow’s Gravity se déroule à l’intérieur et autour de la manufacture Agfacolor, désormais fermée. Tout au long du film, les acteurs récitent un script qui est à la fois poétique et informatif tout en manipulant des gels de couleur, en référence à la composition même de la pellicule. Interrogeant la mémoire, l’histoire et l’archive, le film questionne la manière dont certaines versions révisionnistes de l’Histoire ont façonné une mémoire « chromatique » en privilégiant parfois une représentation artistique plutôt que l’exactitude. Le film Schindler’s List (1993) de Steven Spielberg, par exemple, se remémore l'Holocauste en noir et blanc alors que la pellicule couleur existait déjà à cette époque.

Vidéo HD ― 32 min. 39 sec.

Bojan Fajfrić (Amsterdam, Pays-Bas)

Bojan Fajfrić explore dans ses films des récits historiques et familiaux singuliers. Aux moyens de reconstitutions, il examine comment le passé s’inscrit dans le présent en se mettant lui-même souvent au centre de ses récits afin de créer des liens plus personnels avec les histoires racontées. Fajfrić est né à Belgrade (Yougoslavie) et a étudié les arts visuels à la Royal Academy of Art à La Haye (Pays-Bas). De 2000 à 2001, il a été artiste en résidence à la Rijksakademie (Amsterdam, Pays-Bas), où il vit et travaille depuis. Il a participé à de nombreuses expositions individuelles et collectives sur la scène internationale notamment au Palais de Tokyo (Paris, France), au Tim Van Laere Gallery (Anvers, Belgique), au ARCUS Project (Ibaraki, Japon) et à la Škuc Gallery (Ljubljana, Slovénie). Il a également participé à des festivals de films dont le TEMPO Documentary Festival (Stockholm, Suède), l’International Short Film Festival Oberhausen (Allemagne), le Vienna International Film Festival (Autriche) et le DOK Leipzig (Allemagne).

Unfinished Business (2016-2017) est un film sur l’évolution du parcours d’un artiste, tel que celui-ci se le remémore dans les derniers moments de sa vie. L’histoire brouille le passé et le présent, le rêve et la réalité. L’atelier de l’artiste est au cœur de la performance du protagoniste, agissant comme réceptacle à ses souvenirs ou traumas : il  y collectionne tant les dessins de ses enfants qu’il y danse avec sa femme. Le son gagne en importance alors que les battements de la batterie se synchronisent aux évènements défilant à l’écran. À la fois fiction et histoire personnelle, le film met en vedette le père de Fajfrić dans le rôle de l’artiste. En recréant des fragments de la vie du protagoniste, Fajfrić explore simultanément les possibles de son propre futur.

Vidéo HD ― 18 min. 04 sec.

Naveen Padmanabha (Bangalore, Inde)

Empruntant formellement au cinéma expérimental, le travail de Naveen Padmanabha aborde des questions relatives aux modes de communication, à l’entropie, au temps et à l’espace. Les nombreux personnages de ses films se livrent à des réflexions personnelles tout en vaquant à leur quotidien. Au cœur de leurs dialogues intérieurs se trouvent leurs perceptions du monde tant physique que métaphysique. Naveen est né à Bangalore (Inde), où il travaille présentement comme réalisateur et graphiste aux Blakol Studios. En 2006 il obtenait son diplôme en histoire de l’art et en sculpture du College of Fine Arts (Bangalore, Inde) et complétait en 2012 des études supérieures en scénarisation et en réalisation au Film and Television Institute of India. Glass a remporté le prix du meilleur film au Kolhapur International Film Festival en 2014 et a été présenté au SiGNS Festival (Inde) la même année. En 2016 son film Amateurs était présenté à l’occasion de la 63e édition du International Short Film Festival Oberhausen (Allemagne). 

Glass (2012) est l’histoire d’un fabricant de lentilles amateur qui nous est présenté alors qu’il broie le verre dans un miroir de télescope. Filmé en 35mm, ce court film expérimental est à la fois lyrique et clairvoyant. Alors que le protagoniste accomplit l’acte répétitif de broyer, façonner et polir le verre, son esprit s’égare, explorant différentes manières de voir et de comprendre le monde qui l’entoure. Naveen Padmanabha se sert de la lentille comme d'un moyen pour regarder au-delà du monde physique et utilise l'objet qu'est le verre pour réfléchir les pensées, les souvenirs et les réflexions philosophiques du narrateur. Dans la routine du fabricant de lentilles s'insinuent ses rêves et le son de sa voix alterne avec le son grinçant du verre qu’il façonne.

Film 35mm ― 22 min. 47 sec.


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Performance

Le 29 mars 2018

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Dazibao remercie les artistes et son comité consultatif de leur généreuse collaboration ainsi que ses membres pour leur soutien.

Dazibao remercie également ses stagiaires Sophie Heisler, Joan Meyer et Kate Nugent pour leur importante contribution à ce projet.

Dazibao reçoit l’appui financier du Conseil des arts et des lettres du Québec, du Conseil des arts du Canada, du Conseil des arts de Montréal, du ministère de la Culture et des Communications et de la Ville de Montréal.