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© Rob Feulner Quiñones, Puerto Rico Tautology (2016)

 
 
 

Carte blanche à Rob Feulner Quiñones — PAS TRÈS BEAU, MAIS PAS MAL BON

Le 10 décembre 2026 à 19 h

Les places sont limitées et l’entrée se fera selon l’ordre d’arrivée. Merci d’arriver à l’avance.

La série dv_vd est une initiative de Vidéographe et Dazibao. L'objectif de cette collaboration est de faire dialoguer la collection du centre avec la scène actuelle de l'art vidéo.

Avertissement

La qualité de cette vidéo varie en raison des technologies d’époque et de la dégradation de l’image.

Un trigger warning pour esthètes. Les fruits talés de l’art vidéo. Délaissés, en rabais ou invendus, puis jetés. Un champ de métadonnées du catalogue Vithèque qui vous supplie pratiquement de l’ignorer, à moins, bien sûr, que vous soyez une personne bien particulière, aux sensibilités tout aussi particulières. Le bogue devient un atout, une promesse de texture et de corruption. Pour ma part, je vais jusqu’à dévisser le couvercle des magnétoscopes et à risquer d’y laisser une fine couche de peau en enfonçant les doigts entre le tourbillon d’une tête de lecture et ces petites tiges verticales qui soutiennent la bande magnétique et dont je n’ai jamais pris la peine d’apprendre le nom, tout ça pour créer cette même texture, cette même corruption inscrite dans les œuvres de la collection Vithèque. Ces vidéos des années 70 à 90 mises au rancart sont-elles en décrépitude ou en évolution?

La distorsion est manifeste dans des films comme Réaction 26 et Trisha and Carmen. Les erreurs de tracking VHS s’invitent sans crier gare, le son vacille comme un mal de cœur. D’autres, en particulier la lettre poétique que K. Kay envoie chez elle sous forme de vidéocassette, sont un peu plus subtils. Si, en 1973, elle était tombée sur la copie de Little Fairy Hill, Big Fairy Hill que conserve Vithèque, aurait-elle été contrariée par les légers artéfacts vidéos qui saupoudrent l’écran? Ou se serait-elle dit : « Wow, c’est exactement comme dans mon souvenir »? Si ces microcorruptions étaient inhérentes aux débuts de la technologie vidéo, à une époque où les artistes s’émerveillaient de pouvoir tourner et présenter un film dans la même heure, faut-il les considérer comme des corruptions? Si les défauts sont naturels, c’est peut-être imposer la perfection à la vidéo qui est un défaut en soi. 

Nitro implose avait été physiquement perdu chez Vidéographe, peut-être s’était-il décomposé jusqu’à disparaitre; il a récemment été remplacé par un nouveau master. Il présente tous les défauts propres à n’importe quel master VHS, mais à une époque où la texture VHS est non seulement tolérée, mais célébrée, nul besoin d’ajouter un avertissement sur le site de Vithèque. La corruption suit l’air du temps. D’autres films, comme Ode 1:23:06, semblent avoir été carrément mal compris lors de leur mise en ligne. Glitch des balbutiements de la vidéo, la corruption étant le massage, l’œuvre était peut-être tellement en avance sur son temps que la personne responsable de la base de données de Vithèque a cru qu’il était arrivé quelque chose de terrible au master. Voilà qui introduit l’idée de se réapproprier la distorsion et la dégradation, de les inviter dans son art comme un fil de la trame. J’ai programmé un de mes propres films, Puerto Rico Tautology (14 dubs high), comme exemple d’un médium poussé jusqu’à la désagrégation, jusqu’au point de non-retour où l’art n’existe plus. Des artistes comme Charlotte Clermont et Frédéric Moffet explorent avec brio les limites de leurs médiums de prédilection, là où l’erreur elle-même est un reflet de soi et de l’image en mouvement.

Dans mon catalogue Vithèque de rêve, cet avertissement figurerait sur toutes les vidéos. Chacune se dégraderait naturellement avec le temps. Nous vivrions en deuil anticipé de fichiers ProRes dont les blocs de données vieillissent et tombent comme des cheveux dans la douche. Cinquante ans plus tard, nous honorons nos morts en ouvrant leurs dossiers et en célébrant leur décomposition.

— Rob Feulner Quiñones


Programme — 55 min

Charles Binamé, Réaction 26 (1971) — 4 min 35 s

Irène Mayer, Nitro implose (1990) — 7 min 16 s

Burt Barr, Trisha and Carmen (1988) — 13 min 4 s

K. Kay, Little Fairy Hill, Big Fairy Hill (1973) — 10 min 10 s

Yvel Champagne and René Roberge, Ode 1:23:06 (1991) — 1 min 48 s

Rob Feulner Quiñones, Puerto Rico Tautology (2016) — 6 min 58 s

Charlotte Clermont, Parking Lot Attendant (2016) — 3 min 57 s

Frédéric Moffet, Postface (2011) — 7 min 12 s


Rob Feulner Quiñones (né en 1987) est un vidéaste originaire de Montréal. Armé d’une pile de magnétoscopes, d’appareils modifiés par circuit bending et d’un mépris certain pour les chocs électriques, Rob Feulner Quiñones plonge les mains jusqu’aux poignets dans la machinerie ouverte pour manipuler têtes de lecture et pièces mobiles, créant un paysage d’erreurs de tracking et de glitchs vidéos qui lui sert à affronter le malaise politique contemporain. Son travail a été présenté à l’Indianapolis Museum of Art, diffusé sur Adult Swim et intégré à Ladies and Gentlemen, Brian Mulroney de Matthew Rankin; il a également fourni les images lors d’une représentation d’Antigonick d’Anne Carson, en collaboration avec l’autrice lauréate du prix Nobel. Fondé en 2014, Bleu Nuit Video, le label d’art vidéo de Feulner, met de l’avant des artistes sous-représenté·es aux affinités semblables par l’entremise d’éditions DVD et VHS destinées au visionnement à domicile.

 


 

Dazibao remercie les artistes, Daniela Paglione et Vidéographe pour leur généreuse collaboration ainsi que son comité consultatif pour son soutien.

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