Carte blanche à Frédéric Moffet : Love Is a Stranger in an Open Car – Dérive érotique au sein de la collection
Le 28 mai 2026 à 19 h
Les places sont limitées et l’entrée se fera selon l’ordre d’arrivée. Merci d’arriver quelques minutes à l’avance.
La série dv_vd est une initiative de Vidéographe et Dazibao. L'objectif de cette collaboration est de faire dialoguer la collection du centre avec la scène actuelle de l'art vidéo. Pour cette édition de dv_vd, carte blanche à été offerte à Frédéric Moffet afin qu’il conçoive un programme original dans le cadre de la série. Le commissaire y présente une sélection d’œuvres qui explore le désir, la mémoire, l’identité et les politiques de la représentation.
Les lumières s’éteignent. Les corps s’installent dans leurs sièges. Tu jettes un coup d’œil autour de la salle de projection. Quelqu’un se faufile en retard, s’assoit au premier rang. Le public s’efface dans le silence. Du fond, un faisceau de lumière tranche l’obscurité.
Le son en boucle d’un train en marche t’hypnotise. Un sort est jeté. Tu répètes trois scénarios dans ta tête : la tromperie, le refus, l’abandon. Il te regarde. Vous vous glissez dans un compartiment vide. Vous vous déshabillez. Le matin, désorientée, tu files en douce, laissant le lit défait.
Maintenant, tu te retrouves à un souper d’amis. Ton partenaire est assis à côté de toi. Lorsque tu déchires une cuisse de poulet, un oiseau en cage s’agite, comme saisi par le pressentiment de sa propre fin. Sous la table, les corps se frôlent discrètement. La soirée est agréable, mais tu as le goût de t’en aller. Ton partenaire grimpe derrière toi sur ta moto. Vous filez dans la nuit, le laissant froid comme glace. Vous prenez une douche ensemble. La vapeur le ranime. Vos corps se brouillent, se mélangent, deviennent presque un seul.
Le matin arrive. Te revoilà sur ta moto, à tourner en rond dans la ville, à chercher le trouble. Tu entres dans un appartement rempli d’hommes nus qui posent pour l’œil électrique d’une caméra. Tu enlèves ton casque, tes vêtements, avec ce besoin pressant de te laisser aller. Ça vient – encore et encore. Mais y’a quelque chose qui cloche. Le plaisir ne fait pas toujours plaisir. Une ligne de coke et une cigarette auraient fait la job.
De retour dans la rue. Ailleurs, dans une ville ravagée par la guerre. Tu continues à chercher le trouble. Ici, les hommes sont habillés, masqués, armés. Le danger est palpable. Tu découvres une bobine de film sous les décombres. Sur la pellicule, à travers les égratignures et la poussière, émergent deux femmes en robe de soirée. Doucement, elles cèdent à leur désir. Une passion interdite surgit, puis disparaît aussi vite. Le désir retourne aux archives, caché pour survivre.
Toujours sur la route. Une autoroute déserte, en noir et blanc. Quatre amis dans une voiture, à la poursuite de l’extase. Dans un motel bon marché au bord de la route, tu succombes à son attirance. Il enlève sa chemise. Vos corps s’unissent. Les autres vous rejoignent. Puis le doute s’installe. Les substances jouent avec ta tête. Tu te sens abandonnée, indésirable. Non… c’est pas pour toi tout ça. Tu sors. Plus tard, sur le chemin du retour, tu essaieras de renouer avec ton désir. Always crashing in the same car.
À présent, tu flottes au-dessus des paysages et des corps, l’œil électrique d’une déesse. Encore trois scénarios : une aventure ridicule, une occasion manquée, une histoire d’amour. Oui, l’amour. Tendre, sans réserve, durable. Tu te vois sur ta moto, à tourner autour d’une bacchanale polyamoureuse. Tu te sens légère. Libre.
Les lumières se rallument dans la salle. Tes yeux s’ajustent. Le retardataire au premier rang se lève et se glisse vers la sortie. Tu dis à tes amis que tu as besoin d’aller aux toilettes. Tu sors de la salle de projection, sans jamais y revenir.
— Frédéric Moffet
Programme — 60 min
Monique Moumblow, Sleeping Car (2000) — 5 min 30 s
Philippe Hamelin, Lèvres Bleues (2020) — 8 min 18 s
Marc Paradis, Deliver Us from Evil (1987) — 9 min 45 s
Chantal Partamian, آثار Traces (2023) — 8 min 45 s
Karl Lemieux, Passage (2007) — 15 min
Alexa-Jeanne Dubé, Scopique (2017) — 12 min 6 s
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— 5 min 30 s
Une traversée en train en guise de travelogue intérieur. Une voix de femme se fait entendre. Rencontrera-t-elle son amant? L'histoire se décline de trois façons différentes. L'atmosphère envoûtante qui berce le récit rappelle celle d'un certain film étranger. Progressivement, les sous-titres ne correspondent plus tout à fait à la voix de cette femme venue d'ailleurs. Le train poursuit sa route.
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— 8 min 18 s
Lèvres bleues s’intéresse à l’usage de l’image de synthèse comme outil de reconstitution et l’applique à la reconstruction d’un souvenir amoureux. Ce récit est issu d’une collection de témoignages d’inconnus abordés sur des sites de rencontre par l’artiste en 2008. Le souvenir prend forme à travers la matière, les objets, le mouvement et les sens. L’animation met en parallèle les mécanismes de la machine et de l’humain tout en explorant les rouages de la mécanique narrative. Le mouvement intérieur de l’humain (les sentiments) croise le déplacement dans l’espace. Les attentes dramatiques trop souvent liées à la représentation de l’amour entre deux hommes y sont déroutées.
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— 9 min 45 s
Deliver Us from Evil se présente comme un collage : gros plans de caresses amoureuses et mises en scène de personnages masculins nus presque immobiles. Un jeune homme discourt fébrilement sur le mal... d'amour, en confrontant le désir à la déception et des moments de sa vie avec des moments qui semblent rêvés. Opposition entre la simplicité primordiale de la sexualité et la complexité du rapport amoureux auquel nous l'associons traditionnellement. Une vidéo qui confronte la banalité de la sexualité et son détournement, et surtout son embrouillement dans la relation amoureuse.
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— 8 min 45 s
Beirut 1980 : Au milieu des décombres d'un immeuble déchiré, une bobine de film. Un dénouement improbable de corps queer prend forme, tandis que la ville déchirée par la guerre et son spectacle de masculinités s'effondre et se désintègre.
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— 15 min
Délicieusement filmé en noir et blanc, ce récit expérimental suit quatre amis en voyage alors qu'ils découvrent l'arène compliquée du désir invisible qui surgit lorsque l’extase et la sexualité se mélangent.
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— 12 min 6 s
Scopique est un triptyque de vidéos d'art érotiques filmé uniquement à l’aide d’un drone. Le projet se déploie à travers une succession de longs plans où le spectateur est profondément immergé dans l'intimité des personnages. Porté par des témoignages documentaires explorant la sexualité et la musique, Scopique est une expérience voyeuriste et esthétique unique.
Frédéric Moffet est un artiste médiatique, un éducateur, un monteur vidéo et un travailleur culturel. Né à Montréal, il vit aujourd'hui à Chicago, où il est professeur associé à la School of the Art Institute of Chicago. Ses films explorent le territoire glissant entre l'histoire, l'expérience vécue et le fantasme.
Dazibao remercie les artistes, Frédéric Moffet et Vidéographe pour leur généreuse collaboration ainsi que son comité consultatif pour son soutien.
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