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© Basma al-Sharif, Morning Circle (2025)

 
 
 

Carte blanche à Regards palestiniens : L’image manquante est Gaza

Le 12 mars 2026 à 19 h
Évènement Facebook

Les places sont limitées et l’entrée se fera selon l’ordre d’arrivée. Merci d’arriver quelques minutes à l’avance.

La série dv_vd est une initiative de Vidéographe et Dazibao. L'objectif de cette collaboration est de faire dialoguer la collection du centre avec la scène actuelle de l'art vidéo. Pour cette édition, nous avons offert carte blanche au collectif Regards palestiniens afin qu’il conçoive un programme original dans le cadre de la série.

L’image manquante est Gaza réunit six courts métrages expérimentaux et œuvres vidéographiques qui mettent en lumière la vie à Gaza et en exil sous le prisme d’une série de gestes ordinaires et extraordinaires. En documentant des décennies de survie sous la Nakba persistante en Palestine, les artistes et cinéastes considèrent le cinéma comme une force créatrice de résistance face à la machine meurtrière du colonialisme de peuplement sioniste. Cuisiner, parler, tenir un journal, diffuser en direct, photographier, animer, rejouer et transmettre oralement, figurent parmi les nombreuses stratégies esthétiques et politiques par lesquelles les Palestinien·nes affrontent la violence coloniale depuis 1948. Attentives à des expériences façonnées par l’enfermement, le bombardement, la dépossession et le déplacement, les œuvres présentées dans ce programme mettent en avant les actes du quotidien comme des lieux de présence politique, revendiquant la vie et la visibilité là même où celles-ci sont les plus violemment niées.

Ce programme émerge – et répond à – des silences institutionnels persistants et à diverses formes de censure dans les milieux culturels et académiques montréalais. Ces dynamiques se traduisent notamment par une réticence à reconnaitre, à nommer et à agir face à l’une des réalités les plus urgentes et dévastatrices de notre présent : le génocide implacable diffusé en direct depuis Gaza.

En complément d’une série annuelle de projections présentée à Montréal depuis 2007, Regards palestiniens produit et présente, depuis le 7 octobre 2023, des programmes cinématographiques qui placent Gaza au centre et situent ces œuvres dans la longue histoire des luttes palestiniennes pour la justice et la libération. Ces initiatives traduisent un effort soutenu visant à contrer l’effacement systémique des images de Gaza et, plus largement, de la Palestine. À Montréal comme ailleurs, nous avons monté et organisé des projections qui inscrivent la présence de Gaza dans des espaces culturels et publics, notamment dans le cadre de différentes éditions de Gaza: Between Bodies and Images à Montréal et à Toronto, de la première de Gaza: From Ground Zero, coprésentée avec Cinema Politica, ainsi que de la projection de Diaries of an Occupation, en collaboration avec Hors Champ à la Cinémathèque québécoise. Ce travail s’est également prolongé par diverses initiatives en solidarité avec la libération palestinienne, notamment au sein de campements étudiants. Il a aussi pris la forme d’interventions plus immédiates et in situ, telles que la première édition de L’image manquante est Gaza, présentée lors d’une projection extérieure dans le stationnement de la galerie Articule, coorganisatrice de l’évènement. Dans leur ensemble, ces actions témoignent d’un engagement continu visant à contester le silence, la propagande et la marginalisation, en créant des espaces de circulation et de présentation de voix palestiniennes plurielles et de pratiques artistiques diverses. Cette projection ne constitue pas un évènement isolé, mais relève d’une démarche curatoriale et politique soutenue, vouée à défendre la visibilité, la complexité et la présence de Gaza face aux tentatives systématiques, émanant des pouvoirs étatiques, médiatiques et institutionnels, d’en restreindre ou d’en contenir la représentation. Notre engagement ne relève pas uniquement du discours, mais également d’une posture institutionnelle : Regards palestiniens, Dazibao et Vidéographe comptent parmi un nombre croissant d’organismes culturels au Canada adhérant aux principes de la Campagne palestinienne pour le boycott académique et culturel d’Israël (PACBI), conjuguant ainsi pratique curatoriale, responsabilité politique et action concrète.

En plaçant Gaza au premier plan, nous affirmons que ce qui est rendu absent par les récits dominants constitue précisément ce qui doit être nommé et vu : l’image manquante est Gaza. Ce faisant, le programme entend rompre avec les régimes de silence institutionnel et restituer au cinéma sa fonction d’espace de témoignage, de responsabilité collective et de solidarité.

— Regards palestiniens


Programme

Hadeel Asali, Daggit Gazza (2013) — 7 min 26 s

Taysir Batniji, Gaza Diary (2001) — 4 min 46 s

Amal Al-Nakhala, Limitless (2024) — 4 min 39 s

Areej Abu Eid, A Very Hot Summer (2016) — 16 min 43 s 

Firas Shehadeh, Final Hour Log - Handala (2025) — 17 min 20 s

Basma al-Sharif, Morning Circle (2025) — 20 min 31 s

  • — 7 min 26 s

    Daggit Gazza se traduit à la fois comme le nom d’une salade de tomates gazawie, relevée et traditionnellement préparée au mortier et au pilon (daggah), et comme une expression évoquant les pilonnages militaires de Gaza. Le film présente la cinéaste préparant la salade, tandis que résonne l’enregistrement d’un appel téléphonique avec son oncle resté à Gaza.

    Hadeel Asali est une autrice établie à New York. Son travail porte largement sur Gaza. Elle a également écrit au sujet d’un programme israélien secret de transfert visant à déplacer 60 000 Palestiniennes et Palestiniens de Gaza vers le Paraguay en 1969, un projet qu’elle souhaite un jour adapter au cinéma.

  • — 4 min 46 s

    Combinant des scènes domestiques et urbaines dans un montage fragmenté, cette série d’images fixes est ponctuée de courtes séquences et de gros plans d’un couperet hachant de la viande. Le décalage avec la bande sonore souligne la rupture, à la fois formelle et politique, inscrite dans le journal de Taysir Batniji à Gaza durant les premiers mois de la seconde intifada, soulèvement populaire contre l’occupation de l’armée israélienne entre septembre 2000 et février 2005.

    Né à Gaza en 1966, Taysir Batniji a étudié l’art à l’Université Al-Najah, à Naplouse, en Palestine. En 1994, il a obtenu une bourse lui permettant de poursuivre ses études à l’École nationale supérieure d’art (ENSA) de Bourges, en France. Depuis, il partage son temps entre la France et la Palestine. Dans cet entredeux géographique et culturel, Batniji s’emploie à une pratique multimédia comprenant le dessin, l’installation, la photographie, la vidéo et la performance.

    Le travail de Taysir Batniji, souvent traversé par des notions d’impermanence et de fragilité, puise à la fois dans une expérience subjective et dans les réalités historiques et contemporaines. Ses modes d’approche consistent à distancier, détourner, étirer, conceptualiser ou encore à jouer avec le sujet initial, produisant des œuvres qui offrent un regard poétique, parfois acerbe, sur le réel.

    Actif sur la scène artistique palestinienne depuis les années 1990, il a élargi, à partir de 2002, sa participation à de nombreuses expositions, biennales et résidences en Europe et à l’international, notamment à la Biennale de Venise, d’Istanbul, de Berlin et de Lyon, au Centre Pompidou et au Jeu de Paume à Paris, aux Rencontres d’Arles, à la Aperture à New York, au Gropius Bau à Berlin, à la Kunsthalle Wien de Vienne, au Kunsintituut Melly (anciennement le Witte de With) à Rotterdam ainsi qu’au V&A Museum à Londres.

    Taysir Batniji a reçu l’Abraaj Group Art Prize en 2012 et a participé au programme de résidence Immersion, soutenu par la Fondation d’entreprise Hermès en partenariat avec la Aperture Foundation en 2017. Ses œuvres figurent dans les collections de nombreux établissements artistiques majeurs, dont le Centre Pompidou, la FNAC et le Centre national des arts plastiques (CNAP) en France, le V&A Museum, l’Imperial War Museum et la Tate Modern à Londres, l’IVAM à Valence en Espagne, la Queensland Art Gallery en Australie, le Zayed National Museum à Abou Dabi aux Émirats arabes unis, le Mathaf à Doha au Qatar, et l’Art Jameel à Dubaï aux Émirats arabes unis.

    Au cours des dernières années, Batniji a présenté plusieurs expositions individuelles, notamment aux Rencontres d’Arles (2018), au MAC VAL à Vitry-sur-Seine (2021), au Mathaf à Doha au Qatar (2022) et à la Palazzina dei Giardini à Modène en Italie (2025-2026).

    Le travail de Taysir Batniji est représenté par la Sfeir-Semler Gallery (Hambourg, Allemagne/Beyrouth, Liban) et par la Galerie Eric Dupont (Paris).

  • — 4 min 39 s

    Amal Al-Nakhala : « Il n’existe aucune description du film, afin de permettre aux spectateurs et spectatrices d’en imaginer le dénouement. »

    Bonjour, je m’appelle Amal. Je suis née à Gaza en 1999 et je vis actuellement au Caire. Je pratique l’art depuis de nombreuses années. Mon parcours s’est amorcé à partir d’un désir profond de me comprendre, de saisir ce qui se jouait en moi et dans mon esprit, puis d’explorer les mondes intérieurs qui m’habitent. L’art est ainsi devenu un mode d’expression de cette exploration intime. Mon langage visuel et mes idées ont toujours été profondément personnels, ancrés dans des émotions brutes, allant du doute à la culpabilité. Bien que mon travail n’ait pas été initialement politique, la guerre à Gaza en octobre dernier a profondément transformé ma pratique. Cette expérience m’a conduite à élaborer un journal artistique mêlant écriture et œuvres réalisées durant cette période d’intensité, afin de rendre compte de mes expériences.

    Aujourd’hui, alors que je me trouve au Caire, mon travail se définit à partir d’une identité renouvelée. Il se déploie via des registres symboliques variés, où le surréalisme occupe une place centrale, constituant un médium privilégié pour exprimer ma vision.

  • — 16 min 43 s

    Le film s’inspire de l’expérience personnelle de la cinéaste durant la guerre de Gaza en 2014.

    « C’est le ramadan… un été étouffant… sans électricité et sans ventilateur… Nous pensions que ce serait semblable aux première et deuxième guerres, mais celle-ci est différente. La folie règne jour et nuit… Nous dormons par intermittence lorsque les bombardements cessent… La chaleur est insupportable, comme si l’enfer avait ouvert ses portes. Chaleur, incendies et mort… Le ciel est rouge cramoisi toute la nuit, comme un feu d’artifice, une scène digne d’un film d’horreur, sauf que nous y figurons… »

    « Faire des films me fait sentir vivante. »

    Areej vit dans le camp de réfugié·es de Nuseirat, dans la bande de Gaza. Elle est diplômée de la Faculté des médias de l’Université Al-Aqsa, où elle a étudié la télévision et la radio.

  • — 17 min 20 s

    Final Hour Log – Handala reconstitue la dernière heure du navire humanitaire Handala, lancé par la Freedom Flotilla Coalition (FFC) et nommé en référence à la figure emblématique créée par l’artiste palestinien Naji al-Ali à la fin des années 1960. Handala, enfant réfugié pieds nus représenté de dos, incarne la résistance palestinienne, l’exil et le droit au retour. Naji al-Ali a été assassiné par Israël en 1987.

    Le navire a été intercepté par la marine israélienne en eaux internationales le 26 juillet 2025. Il faisait route pour briser le blocus illégal imposé à Gaza – en vigueur depuis 2007 et intensifié en un « siège complet » déclaré le 9 octobre 2023, notamment par la coupure délibérée des approvisionnements essentiels, constituant une politique organisée de famine et de privation. L’équipage a été confronté à des dispositifs de surveillance, à du brouillage électronique, à des actes d’intimidation, à un abordage forcé et à des enlèvements.

    Composé principalement d’images issues de diffusions en direct, le film documente un acte civil de solidarité et de défiance, préservant ce qui était destiné à être effacé. Un geste de témoignage et de rupture face au silence imposé, un geste visant à rompre le siège de Gaza.

    Firas Shehadeh est un artiste palestinien. Son travail interroge les notions de construction du monde, de sens, d’esthétisme et d’identité. Sa pratique explore les conditions postcoloniales au moyen de la technologie, de l’histoire, du numérique et des réalités spéculatives.

    Par l’intermédiaire d’œuvres mobilisant le film, la vidéo et le son, Shehadeh développe une réflexion soutenue sur les modes de fabrication, de médiation et de contestation des récits et des identités dans les sociétés contemporaines. Il est titulaire d’une maitrise en beaux-arts de l’Académie des beaux-arts de Vienne.

    Ses œuvres ont été présentées à l’international dans de nombreux festivals et par plusieurs établissements de renom, notamment à la deuxième MUNCH Triennale (Almost Unreal, Oslo, Norvège), à la 18e édition de Lo schermo dell’arte (Florence, Italie), à la 14e Biennale Mercosul (Porto Alegre, Brésil), au London Short Film Festival, au Centro de Cultura Digital (Mexico, Mexique), au Beta Festival (Dublin, Irlande), à Beursschouwburg (Bruxelles, Belgique), au Soft Centre (Naarm/Melbourne, Australie), au Images Festival (Toronto, Canada), au Centre d’Art B7L9 (Tunis, Tunisie), au Los Angeles Filmforum (États-Unis), à l’Ashkal Alwan (Beyrouth, Liban), au Unsafe+Sounds (Vienne, Autriche), à la 7e Biennale de Singapour, au Santa Mònica (Barcelone, Espagne), à la A.M. Qattan Foundation (Ramallah, Palestine), au Cairo Video Festival (Caire, Égypte), au Digital Marrakech au Maroc, et à la 64e Berlinale (Berlin, Allemagne). À travers sa pratique multifacettes, Shehadeh examine les paradigmes dominants et propose de nouvelles perspectives sur la production de sens et la construction du monde.

  • — 20 min 31 s

    Ce court film narratif, à la fois viscéral et sensible, se déploie en trois mouvements pour évoquer la perte. De l’expérience première de la séparation à la violence imperceptible associée à l’intégration dans un pays étranger lorsque le sien devient inhabitable, Morning Circle suit un père et son fils dans leurs rituels intimes, alors qu’ils se préparent à commencer la journée et à se rendre à la maternelle.

    Artiste et cinéaste palestinienne, Basma al-Sharif explore les dynamiques cycliques de l’histoire politique et des conflits. Par l’entremise de films et d’installations qui circulent entre temporalités, lieux et non-lieux, son travail pose un regard sur les héritages du colonialisme à partir de registres satiriques, immersifs et lyriques.

    Basma al-Sharif a obtenu une maitrise en beaux-arts de l’Université de l’Illinois à Chicago en 2007. Elle a été résidente artistique de la Fondazione Antonio Ratti à Côme en Italie en 2009, puis du Pavillon Neuflize OBC au Palais de Tokyo (de 2014 à 2015). Elle a reçu le prix du jury à la Biennale de Charjah aux Émirats arabes unis en 2009, une bourse Visual Arts de la Fundación Botín en Espagne en 2010, ainsi que de la Consortium Commission, une initiative de Mophradat, en 2018. Elle est également lauréate du Berlin Artistic Research Grant Programme (de 2022 à 2023) et finaliste du prix Aware en 2024. En 2025, elle a publié sa première monographie, Semi-Nomadic Debt-Ridden Bedouins. Son film Morgenkreis (Morning Circle) a remporté le Grand Prix aux Internationale Kurzfilmtage Winterthur, ainsi que plusieurs distinctions, dont le Best Documentary Short Film au Sharjah Film Platform 8, ainsi que le ARTWORKS Best Film Award au 14e Festival du film d’avant-garde d’Athènes. 

    Son travail a été présenté dans le cadre d’expositions muséales et de manifestations majeures, notamment à la Triennale Hannah Ryggen, à la Biennale internationale de Göteborg, au Centre Pompidou Metz, à Appel Amsterdam, à l’Art Institute of Chicago, au Museum of Modern Art (MoMA) à New York, au CCA Glasgow, au SALT Galata à Istanbul, en Turquie, à la Biennale du Whitney à New York, à l’exposition Here and Elsewhere au New Museum, au Berlin Documentary Forum, ainsi qu‘à la Manifesta 8. Ses films ont été présentés dans de nombreux festivals internationaux, notamment à Locarno, Toronto, Berlin, Mar del Plata, Milan, Londres, New York, Montréal et Yamagata, pour n’en nommer que quelques-uns. Basma al-Sharif est établie à Berlin et représentée par la Galerie Imane Farés à Paris.


Regards palestiniens est un collectif cinématographique indépendant engagé dans le cinéma palestinien et établi à Tiohtià:ke / Montréal.

Depuis 2005, notre mission s’attache à activer le potentiel politique des formes esthétiques dans le cinéma palestinien. Nous créons et organisons des projections pensées comme des lieux de rassemblement, favorisant la discussion cinématographique et l’émergence d’une conscience politique.

Nous avons également mené des actions directes, en prise avec la censure institutionnelle et les dynamiques d’artwashing en jeu dans les milieux culturels et académiques. Nous poursuivons un travail d’éducation et d’organisation en lien avec la Campagne palestinienne pour le boycott académique et culturel d’Israël (PACBI).

 



 

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